Le pétrole et le gaz au Ghana : État des lieux

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Résumé exécutif

Le secteur pétrolier et gazier du Ghana constitue un pilier fondamental de son économie, jouant un rôle stratégique en tant que moteur économique et source de revenus d’exportation substantiels. Actuellement, le secteur est caractérisé par d’importantes réserves de gaz naturel et une production pétrolière qui, bien que fluctuante, montre des signes de stabilisation récente. Le Ghana a mis en place un cadre réglementaire et institutionnel robuste pour gérer ses ressources en hydrocarbures. Cependant, le secteur est également confronté à des défis opérationnels, environnementaux, sociaux et de gouvernance qui nécessitent une attention continue. Des projets futurs ambitieux visent à améliorer la valeur ajoutée et à positionner le Ghana comme un pôle énergétique régional, soulignant l’impératif d’un développement durable dans le paysage énergétique ouest-africain.  

1. Introduction : Le paysage des hydrocarbures au Ghana

Le parcours du Ghana en tant que producteur de pétrole et de gaz a débuté avec la découverte de quantités commerciales en 2007, notamment le champ Jubilee. La production a officiellement commencé en décembre 2010 , marquant un tournant décisif qui a transformé le pays d’un importateur net en un acteur régional significatif. Depuis lors, le secteur est devenu une pierre angulaire de l’économie nationale du Ghana, contribuant de manière substantielle à son produit intérieur brut (PIB) et à ses recettes d’exportation.  

L’évolution du Ghana, de la dépendance aux importations au statut de producteur, représente un impératif national stratégique. La Ghana National Petroleum Corporation (GNPC) a été créée en 1983, bien avant les découvertes commerciales majeures, avec pour mandat clair d’assurer un approvisionnement adéquat et fiable en pétrole et de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations de pétrole brut. Les découvertes ultérieures et le début de la production ont concrétisé cet objectif stratégique. Le cadre législatif initial, tel que les lois PNDCL 64 et 84 , témoigne d’un engagement national à long terme pour le développement des ressources nationales en hydrocarbures. Cette trajectoire historique révèle que le développement du secteur ne se limite pas à la génération de revenus, mais vise fondamentalement à renforcer la sécurité énergétique nationale et à favoriser la résilience économique. Comprendre cet impératif fondamental est crucial, car même si les transitions énergétiques mondiales s’accélèrent, la volonté initiale du Ghana d’atteindre l’indépendance énergétique par le pétrole et le gaz reste un facteur sous-jacent important qui influence les politiques actuelles et les décisions stratégiques futures pour le secteur. Cette histoire façonne la perception du rôle de l’industrie dans le développement national.  

2. État actuel de la production et des réserves de pétrole et de gaz

2.1. Production et réserves de pétrole brut

La production de pétrole brut du Ghana en 2024 s’est élevée à 48 240 010 barils, ce qui représente une légère diminution de 0,01 % (équivalant à 7 000 barils) par rapport aux 48 247 037 barils produits en 2023. Cette performance marque le point le plus proche où le pays est parvenu à inverser le déclin consécutif de sa production de pétrole brut observé depuis 2019. Plus récemment, en mars 2025, la production de pétrole brut était de 186 000 barils par jour (BBL/J/1K). Bien que certaines sources citent une moyenne d’environ 200 000 barils par jour , les derniers chiffres officiels indiquent une légère baisse par rapport à cette moyenne.  

En 2019, le ministère des Finances avait projeté une augmentation substantielle de la production pétrolière du Ghana, visant 420 020 barils par jour d’ici 2023 et 500 000 barils par jour d’ici 2024. Un sous-ministre de l’Énergie a même réitéré un objectif de 500 000 barils par jour d’ici 2025. Le décalage significatif entre ces projections ambitieuses et les chiffres de production réels pour 2023 et 2024 (environ 132 000 barils par jour en moyenne annuelle) et mars 2025 (186 000 barils par jour) est frappant. Cela indique que la montée en puissance anticipée des développements prévus, tels que les champs d’Aker (dont le premier pétrole était attendu entre le quatrième trimestre 2020 et le premier trimestre 2021 ), a soit subi des retards importants, soit rencontré des défis techniques imprévus, soit que les champs existants ont connu des taux de déclin plus rapides que prévu. La préoccupation exprimée par le Comité de responsabilité et d’intérêt public (PIAC) concernant le déclin de la production dans le champ TEN confirme cette observation. Ce manque constant par rapport aux prévisions est un indicateur essentiel des difficultés sous-jacentes dans le secteur amont du Ghana, incluant potentiellement des problèmes d’attraction des investissements, d’exécution des projets ou de performance des réservoirs. Il a un impact direct sur les prévisions de revenus nationaux, la planification budgétaire et la capacité du pays à maximiser les avantages économiques de ses ressources en hydrocarbures. Combler cet écart exige une réévaluation des stratégies de développement des champs et d’investissement.  

Les trois principaux champs pétroliers producteurs du Ghana sont Jubilee, Tweneboa-Enyenra-Ntomme (TEN) et Sankofa Gye Nyame (SGN). En 2024, le champ Jubilee est resté le contributeur dominant, représentant 66 % de la production totale de pétrole du Ghana. SGN a contribué à hauteur de 20 %, tandis que le champ TEN a représenté 14 %. Le PIAC a officiellement exprimé des préoccupations concernant la baisse de production dans le champ TEN, appelant à des audits techniques et de coûts urgents pour en déterminer les causes profondes.  

En ce qui concerne les réserves pétrolières, à la fin de 2023, les réserves totales de pétrole du Ghana étaient estimées à 1 813 millions de barils de pétrole (MMbbl), dont 732 MMbbl classés comme prouvées et probables. La répartition des réserves prouvées souligne l’importance des champs existants : Jubilee détient 43 %, TEN 12 %, Sankofa 11 %, et d’autres champs, y compris Pecan, représentent les 34 % restants. Le bloc Deepwater Tano Cape Three Points (DWT/CT) d’Aker Energy représente une perspective future significative, avec des ressources contingentes brutes (2C) estimées à 450-550 millions de barils équivalent pétrole (mmboe). Aker Energy estime un potentiel volumétrique total de 600-1 000 mmboe avec le forage de deux puits supplémentaires.  

Tableau 1 : Production de pétrole brut du Ghana (2019-2025) et projections

AnnéeProduction réelle (moyenne b/j)Projections (moyenne b/j)Source
2019196 089N/A  
2020N/AN/A
2021N/AN/A
2022N/AN/A
2023~132 183 (annuel)420 020  
2024~132 164 (annuel)500 000  
2025 (mars)186 000500 000  

Note : Les chiffres de production réelle pour 2023 et 2024 sont des moyennes journalières calculées à partir des totaux annuels fournis.

2.2. Production et utilisation du gaz naturel

Le Ghana possède d’importantes réserves de gaz naturel, estimées à un total de 4 100 milliards de pieds cubes (Bcf). Cela comprend 2 329 Bcf de réserves contingentes et 1 771 Bcf de réserves prouvées et probables. Le pays produit à la fois du gaz associé, extrait avec le pétrole brut des champs tels que Jubilee, Sankofa Gye Nyame et TEN, et du gaz non associé, produit uniquement du champ Offshore Cape Three Points (OCTP).  

Le gaz naturel est le pilier du secteur électrique du Ghana, représentant plus de 60 % de la production d’électricité du pays en raison d’une dépendance croissante aux centrales électriques alimentées au gaz. Entre janvier et septembre 2024, le champ Jubilee à lui seul a produit en moyenne 235,27 millions de pieds cubes standard par jour (MMscf/j) de gaz. En 2020, un total de 88 515,58 millions de pieds cubes standard (MMSCF) de gaz associé et non associé des champs Jubilee, TEN et SGN ont été fournis à diverses centrales thermiques à travers le Ghana pour la production d’électricité domestique. En 2021, le gaz domestique a satisfait environ 85 % de la demande totale de gaz du Ghana pour la production d’électricité , soulignant son rôle crucial dans la sécurité énergétique nationale. Globalement, entre janvier et septembre 2024, un débit journalier moyen de 285,26 MMScf (totalisant 77,88 Bcf) de gaz a été livré pour la production d’électricité et à d’autres utilisateurs industriels non électriques.  

La réinjection de gaz est une pratique courante pour maintenir la pression du réservoir et améliorer la récupération du pétrole, avec 109,62 Bcf réinjectés du champ Jubilee entre janvier et septembre 2024. Malgré les efforts pour utiliser le gaz, le torchage reste un défi. Une moyenne de 32,68 MMscf/j de gaz a été torchée entre janvier et juillet 2024, avec un volume de torchage maximal atteignant 38,95 MMscf/j en juillet. Il est alarmant de constater que le Ghana perdrait environ 100 millions de dollars par an en raison du torchage de gaz , ce qui représente à la fois une perte économique et une préoccupation environnementale importante.  

La persistance du torchage de gaz, malgré la dépendance critique du Ghana au gaz naturel pour plus de 60 % de sa production électrique et le fait que le gaz domestique couvre 85 % de ses besoins en électricité , met en lumière une contradiction notable. Cette situation, qui entraîne une perte économique estimée à 100 millions de dollars par an et contribue aux émissions de gaz à effet de serre puissants , suggère que, malgré la forte demande intérieure et la valeur économique du gaz, des goulots d’étranglement infrastructurels ou opérationnels empêchent toujours la capture et l’utilisation complètes du gaz associé. Le torchage continu du gaz représente une opportunité manquée substantielle pour le Ghana d’améliorer son autosuffisance énergétique, de générer des revenus supplémentaires et de réduire considérablement son empreinte environnementale. Résoudre ce problème nécessite des investissements ciblés dans les infrastructures de collecte, de traitement et de transport du gaz, ainsi qu’une application réglementaire plus stricte pour minimiser le torchage. Cela est crucial pour la durabilité environnementale et l’optimisation économique, s’alignant sur les objectifs mondiaux d’action climatique.

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