Résumé Exécutif
Le secteur pétrolier et gazier de la Côte d’Ivoire connaît une transformation significative, propulsée par des découvertes majeures récentes et des plans de développement nationaux ambitieux. Le bassin sédimentaire ivoirien est en pleine renaissance, caractérisée par des découvertes substantielles de champs comme Baleine et Calao. Ces gisements sont prêts à augmenter considérablement la capacité de production du pays, remodelant son paysage énergétique et renforçant son rôle en tant que pôle énergétique régional. Les plans d’investissement stratégiques du gouvernement, associés à des cadres réglementaires solides et à un accent sur le contenu local, visent à maximiser les retombées économiques tout en naviguant dans les tendances mondiales de transition énergétique. L’engagement du pays en faveur de la transparence, notamment par le biais d’initiatives comme l’ITIE, renforce davantage son attractivité pour les investissements.
1. Introduction : Aperçu du secteur des hydrocarbures en Côte d’Ivoire
L’industrie pétrolière de la Côte d’Ivoire a commencé à prendre de l’importance en 2001, même en plein conflit civil. En 2007, les exportations de pétrole représentaient 28 % des recettes d’exportation du gouvernement, dépassant les produits agricoles traditionnels comme le cacao et le café. Cela a marqué un tournant décisif dans les moteurs économiques du pays. Bien que la Côte d’Ivoire soit engagée dans la production de pétrole et de gaz depuis près de trois décennies, le secteur a connu une période de stagnation au cours des vingt dernières années. Cependant, de récentes découvertes majeures ont inauguré une nouvelle phase de croissance et un élan renouvelé.
Fin 2022, le bassin sédimentaire ivoirien était structuré en 50 blocs : 9 sont en exploration active, 4 en production, 1 en attente de développement, 10 en négociation et 26 sont libres. Cette configuration indique un paysage dynamique et activement géré en matière d’exploration et de production, signalant un potentiel futur significatif. Les principaux blocs de production de pétrole brut et de gaz naturel en Côte d’Ivoire sont offshore et comprennent CI-11 (gisements Lion et Panthère), CI-26 (gisement Espoir), CI-27 (gisements Foxtrot, Mahi, Marlin et Manta), CI-40 (gisement Baobab), et le très important CI-101 & CI-802 (gisement Baleine).
Le développement historique et continu du secteur pétrolier et gazier offre une voie cruciale pour la diversification économique, réduisant ainsi la vulnérabilité de la nation à la volatilité inhérente des marchés agricoles mondiaux. Cette stratégie de diversification renforce considérablement la résilience économique globale de la Côte d’Ivoire face aux chocs externes, contribuant à la stabilité et à la trajectoire de croissance impressionnantes du pays, comme le confirment les évaluations du FMI. Ce changement historique, où les hydrocarbures sont devenus une source de revenus significative, représente un pivot délibéré et réussi dans la stratégie économique nationale. Cela positionne le secteur de l’énergie comme un pilier de plus en plus vital pour la croissance future, la sécurité énergétique et la stabilité macroéconomique, allant au-delà des fondations économiques traditionnelles.
Un grand nombre de blocs (26) restent libres, avec 10 autres en cours de négociation au sein du bassin sédimentaire de 50 blocs. Le gouvernement ivoirien intensifie activement les campagnes de promotion pour ces blocs et les activités d’exploration. Cette approche proactive et accueillante, en particulier après les récentes découvertes majeures comme Baleine et Calao, signale un fort engagement national à accélérer l’exploitation des ressources. Elle vise à établir fermement le pays comme une destination d’investissement attrayante et fiable dans le paysage énergétique ouest-africain. Le vaste inventaire de blocs disponibles et négociés, combiné aux efforts de promotion ciblés, suggère une vision stratégique claire à long terme pour développer considérablement le secteur au-delà des champs de production actuels. Cette stratégie est conçue pour assurer une croissance soutenue, renforcer la sécurité énergétique et élever la position énergétique de la Côte d’Ivoire au niveau régional et mondial.
2. État actuel de la production et des réserves de pétrole et de gaz
Production de pétrole brut : Tendances et champs clés
Fin décembre 2023, la production de pétrole brut de la Côte d’Ivoire s’élevait à 10 752 196 barils, soit une production journalière moyenne de 29 458 barils (b/j). Ce chiffre représente une augmentation notable de 15,61 % par rapport à la production de 2022 (9 300 556 barils). Le principal catalyseur de cette augmentation de production a été le début de la production du champ Baleine le 27 août 2023. Cela a été complété par de bonnes performances sur d’autres blocs établis : CI-11 (+39,48 %), CI-26 (+15,29 %), CI-27 (+9,33 %), CI-40 (+8,87 %), et CI-101/CI-802 (champ Baleine) (+25,57 %). La grande majorité du pétrole brut produit en Côte d’Ivoire est destinée à l’exportation. En 2022, les exportations représentaient 84,10 % de la production totale , un chiffre qui a encore augmenté pour atteindre 92,20 % en 2023. Il est important de noter une divergence dans les chiffres de production de pétrole brut rapportés par différentes sources. Alors que et (economie-ivoirienne.ci) rapportent constamment 29 458 b/j pour 2023 (Worldometers, citant des données de 2016) indique 50 357 b/j, et (Trading Economics, citant l’EIA) rapporte 73 000 b/j pour mars 2025. Cela suggère des fluctuations récentes significatives, des méthodologies de rapport variables, ou des différences dans la portée de ce qui est inclus (par exemple, brut seulement ou brut plus condensats/liquides de gaz naturel). Pour les chiffres de 2023, les données d’economie-ivoirienne.ci sont privilégiées en raison de leur spécificité et de leur détail pour cette année.
Production de gaz naturel : Tendances et utilisation domestique
La production de gaz naturel en 2023 a atteint 93 685 809 MMBTU, avec une moyenne quotidienne de 256 673 MMBTU. Cela représente une augmentation de 3,24 % par rapport à 2022, principalement due au début de la production du champ Baleine et à l’augmentation des ventes dans le bloc CI-27 (+7,24 %). De 2015 à 2023, la production de gaz naturel a montré une augmentation annuelle moyenne constante de 2,16 %. Le secteur de l’électricité est le consommateur prédominant de gaz naturel en Côte d’Ivoire, utilisant 86 934 370 MMBTU en 2023, ce qui représente 92,79 % de la quantité totale de gaz naturel vendue. Cela souligne le rôle critique et stratégique du gaz naturel dans l’infrastructure de production d’électricité du pays. Des variations existent également dans les chiffres de production de gaz naturel. (Worldometers, données de 2015) rapporte 75 645 MMcf/an (environ 207 MMcf/jour). (GasforAfrica) indique environ 263,92 MMscf/j pour 2024. Étant donné qu’un MMBTU de gaz naturel est approximativement équivalent à 1 000 pieds cubes standard (SCF), le chiffre de 256 673 MMBTU/jour de 2023 de se traduit par environ 256,7 MMscf/jour. Les chiffres d’economie-ivoirienne.ci et de GasforAfrica sont largement cohérents pour les années récentes, ce qui suggère que les données de Worldometers sont obsolètes.
Réserves prouvées et estimées : Découvertes récentes
Le champ Baleine (CI-101 & CI-802), une découverte majeure, a été identifié en septembre 2021, avec le début de sa production en août 2023. Suite à une deuxième découverte en juillet 2022, les réserves estimées du champ Baleine s’élèvent à 2,5 milliards de barils de pétrole brut et 3 300 milliards de pieds cubes (BCF) de gaz naturel. Les réserves prouvées pour la Phase 1 sont estimées à 35,4 MMBBLS (millions de barils de pétrole brut) et 58 BCF de gaz naturel. Le développement de la Phase 2 devrait porter la production totale du champ à une moyenne de 50 000 b/j de pétrole brut et 60 millions de pieds cubes par jour (MMcf/j) de gaz naturel associé. Une Phase 3 de développement devrait augmenter davantage la production du champ à environ 150 000 b/j de pétrole brut et 200 MMcf/j à partir de 2027. Il est à noter que le projet Baleine est salué comme le premier projet amont à émissions nettes nulles (portée 1 et 2) en Afrique. Cela est rendu possible par des technologies avancées de capture de carbone et des programmes de durabilité complets, y compris une initiative de cuisson propre bénéficiant à des centaines de milliers de ménages.
Le champ Calao (CI-205) constitue une autre découverte majeure, annoncée en mars 2024. Les évaluations préliminaires indiquent des ressources potentielles allant de 1 à 1,5 milliard de barils équivalent pétrole (bep). Le puits de découverte a rencontré du pétrole léger, du gaz et des condensats. Bien que des puits d’appréciation soient encore nécessaires pour évaluer pleinement la découverte, le développement pourrait potentiellement commencer dès 2026, avec une première production prévue pour 2028.
Ces nouvelles découvertes représentent un bond monumental dans le potentiel d’hydrocarbures de la Côte d’Ivoire, dépassant de loin les niveaux de production historiques et ouvrant la voie à une augmentation spectaculaire de la production nationale. L’augmentation projetée à 175 346 b/j d’ici 2027 et potentiellement 200 000 b/j d’ici 2030 signifie un changement profond pour la Côte d’Ivoire, la transformant d’un producteur modeste en un acteur régional significatif. Cela renforcera considérablement la sécurité énergétique et les capacités d’exportation du pays, pouvant potentiellement modifier la dynamique énergétique de l’Afrique de l’Ouest. Le calendrier de développement rapide pour Baleine (Phase 1 en 2023, Phase 2 en 2024, Phase 3 d’ici 2027) indique une stratégie nationale agressive pour capitaliser rapidement sur ces découvertes. Cela est réalisé en tirant parti du développement « fast-track » et de la réutilisation innovante d’infrastructures remises à neuf , démontrant une forte volonté gouvernementale et corporative d’accélérer les retours économiques et de consolider la position énergétique du pays.
Le gaz naturel en Côte d’Ivoire n’est pas seulement une matière première d’exportation ; c’est une ressource domestique critique et stratégique, fondamentale pour l’indépendance énergétique et la croissance industrielle de la nation. La forte concentration sur l’augmentation de la production de gaz naturel est directement liée à la satisfaction de la demande d’électricité domestique en rapide augmentation et à la réduction de la dépendance à l’égard d’importations d’énergie potentiellement volatiles. Cette stratégie est essentielle pour assurer la sécurité énergétique et favoriser la croissance industrielle nationale, faisant du gaz un pilier de la voie de la Côte d’Ivoire vers l’autosuffisance. L’accent mis sur l’utilisation domestique du gaz pour la production d’électricité (souvent appelée « synergie gaz-électricité ») signifie que la stratégie de transition énergétique de la Côte d’Ivoire est pragmatique. Il ne s’agit pas d’un abandon immédiat des combustibles fossiles, mais plutôt de l’utilisation du gaz naturel comme combustible de transition plus propre et plus fiable pour soutenir l’industrialisation et fournir une électricité de base stable, tout en intégrant simultanément les sources d’énergie renouvelables. Cette approche équilibrée vise à concilier développement économique et considérations environnementales.
La Côte d’Ivoire, en collaboration avec ses partenaires internationaux, intègre activement la durabilité environnementale et les efforts de décarbonisation dans ses projets de développement d’hydrocarbures à grande échelle. Cet engagement envers les pratiques vertes s’aligne favorablement avec les tendances mondiales en matière d’environnement, de société et de gouvernance (ESG), pouvant potentiellement attirer un éventail plus large d’investisseurs responsables et établir un précédent significatif pour le développement futur des hydrocarbures en Afrique. Cela sert également de mesure proactive pour atténuer les aspects négatifs potentiels de la « malédiction des ressources » en abordant les préoccupations environnementales dès le départ.
Le tableau suivant présente la production de pétrole brut de la Côte d’Ivoire par bloc de 2015 à 2023, mettant en évidence la contribution de chaque champ et la croissance annuelle.
Tableau 1 : Production de pétrole brut en Côte d’Ivoire (2015-2023) par bloc (Barils)
| Bloc / Champ(s) | 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | Variation (%) 2022-2023 |
| CI-11 (Lion, Panthère) | 185 221 | 141 937 | 195 641 | 111 520 | 170 496 | 152 174 | 106 959 | 161 194 | 142 553 | +39,48% |
| CI-26 (Espoir) | 5 148 986 | 4 609 039 | 3 398 882 | (Données non disponibles pour les années intermédiaires) | 9 300 556 | 10 752 196 | +15,29% | |||
| CI-27 (Foxtrot, Mahi, Marlin, Manta) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | +9,33% |
| CI-40 (Baobab) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | +8,87% |
| CI-101/CI-802 (Baleine) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Données non disponibles) | +25,57% |
| Total Production | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | 9 300 556 | 10 752 196 | +15,61% |
Source : Ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Annuaire DGH
Le tableau suivant illustre la production de gaz naturel en Côte d’Ivoire par bloc de 2015 à 2023.
Tableau 2 : Production de gaz naturel en Côte d’Ivoire (2015-2023) par bloc (Millions MMBTU)
| Bloc / Champ(s) | 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | Variation (%) 2022-2023 |
| CI-11 (Lion, Panthère) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) |
| CI-26 (Espoir) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) |
| CI-27 (Foxtrot, Mahi, Marlin, Manta) | 56,11 | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | +7,24% |
| CI-40 (Baobab) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) |
| CI-101/CI-802 (Baleine) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Début de production en 2023) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) |
| Total Production | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | (Données non disponibles) | 90 747 437 | 93 685 809 | +3,24% |
| Croissance annuelle moyenne (2015-2023) | +2,16% |
Source : Ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Annuaire DGH
3. Acteurs clés et paysage opérationnel
Société Nationale Pétrolière : PETROCI Holding
PETROCI Holding est la société pétrolière nationale de la Côte d’Ivoire. Son rôle multifacétique comprend le développement et la maintenance de la base de données centrale pour les actifs pétroliers et gaziers de la Côte d’Ivoire. Elle détient des participations minoritaires, généralement de 5 % à 15 %, dans les coentreprises offshore exploitées par des sociétés internationales. Des exemples incluent une participation de 10 % dans le bloc CI-705 , une participation de 10 % dans CI-101 & CI-802 (champ Baleine) aux côtés d’Eni , et une part de 20 % dans le champ Espoir (CI-26).
PETROCI est spécialisée dans toute la chaîne de valeur des hydrocarbures : exploration, production et analyse en amont ; activités de pipeline en milieu de chaîne ; et distribution de gaz en aval. Elle gère directement les opérations sur des champs tels que Lion & Panthère (CI-11). La société recherche activement de nouveaux partenariats pour accélérer le développement de champs pétroliers supplémentaires et s’engage dans l’échange d’expertise technique, comme en témoignent les discussions avec la Sonangol angolaise. Elle a également lancé des appels d’offres pour des plates-formes de forage, notamment pour les découvertes de Kudu, Eland et Gnou (KEG), avec un forage prévu en 2025.
Opérateurs internationaux et locaux par bloc
Le bloc CI-11 (Lion & Panthère) est majoritairement détenu par la société pétrolière nationale Petroci. Le bloc CI-26 (champ Espoir) est exploité par Canadian Natural Resources Limited, avec des partenaires clés incluant Petroci Holding (20 %) et Tullow Côte d’Ivoire (21,33 %). Le bloc CI-27 (champs Foxtrot, Mahi, Marlin, Manta) est exploité par FOXTROT International, une filiale de la société française Bouygues. Le consortium CI-27 comprend Foxtrot (24 %), PETROCI Holding (40 %), SECI SA (24 %) et ENERCI SA (12 %). FOXTROT est actuellement le principal producteur de gaz naturel en Côte d’Ivoire à partir de ces champs.
Le bloc CI-40 (champ Baobab) est exploité par Canadian Natural Resources, détenant une participation de 61 %. VAALCO Energy a entrepris la rénovation de son installation FPSO à Baobab et prévoit une nouvelle campagne de forage en 2026 pour développer davantage le champ et la découverte voisine de Kossipo. VAALCO a acquis une participation de 27,39 % dans Baobab en mars 2024. Les blocs CI-101 et CI-802 (champ Baleine) sont exploités par Eni, avec Petroci Holding détenant une participation de 10 %. Eni exploite également d’autres blocs en eaux profondes, notamment CI-205, CI-401, CI-501, CI-801. Le bloc CI-205 (champ Calao) est exploité par Eni en partenariat avec Petroci Holding.
Pour le bloc CI-705, ICE OIL & GAS est l’opérateur avec une participation de 90 %, tandis que PETROCI détient une participation de 10 %. ICE OIL & GAS a signé un contrat de partage de production en novembre 2023, concentrant les efforts d’exploration sur les sables albiens. VAALCO Energy a également pris une participation dans le bloc CI-705 en tant qu’opérateur en mars 2025.
D’autres acteurs significatifs sont présents. Tullow Oil maintient des activités d’exploration opérées et de production non opérée en Côte d’Ivoire. En 2024, la production de Côte d’Ivoire a contribué à environ 1 000 b/j à son portefeuille non opéré. Tullow a signé des accords pour plusieurs blocs, dont CI-301, CI-302, CI-518, CI-519, CI-521, CI-522, CI-520 et CI-524. Murphy Oil détient cinq blocs offshore, dont l’un contient des réserves prouvées de gaz naturel, et prévoit de commencer son premier forage dans le pays avant la fin de 2025. Des majors internationales comme BP, PETROBRAS et VITOL ont annoncé leur intention d’investir massivement dans le secteur offshore ivoirien, signalant une confiance croissante dans son potentiel. Petrobras, en tant que nouvel entrant, prévoit d’acquérir des données sur quatre blocs offshore identifiés et d’explorer un partenariat avec PETROCI. TotalEnergies opère principalement en tant que détaillant de premier plan en Côte d’Ivoire, développant des projets solaires et s’engageant dans des activités en aval, mais sa présence significative en production amont n’est pas explicitement détaillée dans les informations récentes. TotalEnergies était auparavant impliquée en tant qu’opérateur initial d’un projet de terminal d’importation de GNL (CI-GNL) qui est maintenant présumé annulé.
Capacité de raffinage et activités en aval
La Société Ivoirienne de Raffinage (SIR) exploite une raffinerie sophistiquée située à Abidjan. La SIR dispose actuellement d’une capacité de 100 000 barils par jour (b/j) et est reconnue comme l’une des raffineries les plus efficaces d’Afrique subsaharienne. Elle raffine 3,8 millions de tonnes de pétrole brut par an. La raffinerie produit une gamme de produits pétroliers essentiels, notamment le Butane (1 %), l’Essence (20 %), le Kérosène (23 %), le Gasoil (29 %), les Distillats (9 %) et le Fioul (18 %). La SIR a étendu stratégiquement sa portée, desservant non seulement la Côte d’Ivoire mais aussi toute la sous-région, y compris le Mali et le Burkina Faso, se positionnant comme un pôle crucial pour les produits pétroliers raffinés. La Côte d’Ivoire est un exportateur net de produits pétroliers.
Des plans sont en cours pour la construction d’une nouvelle raffinerie de pétrole d’une capacité substantielle de 170 000 b/j, destinée à compléter les opérations existantes de la SIR. Ce projet ambitieux est évalué à plus de 5,1 milliards de dollars (3 000 milliards de FCFA) et vise à doubler efficacement la capacité de raffinage nationale. Un protocole d’accord a été signé avec la société américaine Yaatra Ventures pour entreprendre ce projet en partenariat avec la SIR. Les études préliminaires sont terminées, et un processus d’appel d’offres a présélectionné 10 entreprises, avec des évaluations en cours pour sélectionner le partenaire de développement. Parallèlement, la SIR met en œuvre une campagne d’expansion de 2 milliards d’euros, qui comprend l’installation d’une unité de désulfuration du diesel, dont la construction devrait débuter en mai 2025, et un projet de reformulation de l’essence pour lequel une étude de faisabilité a été achevée.
La Côte d’Ivoire utilise un modèle de partenariat stratégique, tirant parti de l’expertise internationale, de la technologie avancée et des capitaux substantiels pour les activités complexes et à haut risque d’exploration et de production offshore. Cette approche atténue considérablement les risques financiers et techniques pour l’État, accélère le transfert de connaissances et de technologies critiques, et assure l’accès à des capacités opérationnelles de pointe. La participation minoritaire de PETROCI permet à la nation de bénéficier substantiellement des découvertes et de la production sans supporter la totalité du fardeau financier et technique généralement associé aux opérations en eaux profondes à haut risque et à coût élevé. L’intérêt renouvelé ou accru de grands acteurs internationaux comme BP, Petrobras et Vitol suite aux récentes découvertes significatives (Baleine, Calao) indique un changement fondamental dans le profil risque-récompense du bassin ivoirien. Cela suggère que le pays est en train de passer d’une attractivité principalement pour les petits indépendants à un front prometteur pour les investissements mondiaux à grande échelle , ce qui témoigne d’un climat d’investissement mature et de plus en plus confiant dans le secteur.
La stratégie énergétique de la Côte d’Ivoire s’étend au-delà de la simple extraction de pétrole brut et de gaz ; elle met un accent significatif sur la valeur ajoutée par le raffinage domestique. Le doublement de la capacité de raffinage consolidera la position de la Côte d’Ivoire en tant qu’exportateur dominant de produits pétroliers raffinés en Afrique de l’Ouest, répondant efficacement à la demande régionale croissante et augmentant considérablement les revenus nationaux. Cette orientation stratégique vers le développement en aval complète la croissance en amont, créant une économie énergétique plus intégrée, résiliente et économiquement bénéfique. L’investissement substantiel dans la capacité de raffinage, couplé au développement continu de projets gaz-électricité et à la prise en compte de futures importations de GNL, positionne collectivement la Côte d’Ivoire comme un « hub énergétique » complet pour l’Afrique de l’Ouest. Cette démarche stratégique permet au pays de fournir des produits énergétiques bruts et transformés à ses voisins, renforçant ainsi son influence régionale et son levier économique.
Le tableau suivant fournit un aperçu des principaux champs pétroliers et gaziers et de leurs opérateurs en Côte d’Ivoire.
Tableau 3 : Principaux champs pétroliers et gaziers et opérateurs en Côte d’Ivoire
| Bloc | Champ(s) | Opérateur(s) | Partenaires Clés (Participation) | Statut | Caractéristiques Clés |
| CI-11 | Lion, Panthère | PETROCI Holding | Majoritairement détenu par PETROCI | En production | Pétrole brut et condensats |
| CI-26 | Espoir | Canadian Natural Resources Limited | PETROCI Holding (20%), Tullow Côte d’Ivoire (21.33%) | En production | Pétrole brut et gaz naturel (93 MMBBLS pétrole, 180 BCF gaz récupérables) |
| CI-27 | Foxtrot, Mahi, Marlin, Manta | FOXTROT International (Bouygues) | PETROCI Holding (40%), SECI SA (24%), ENERCI SA (12%) | En production | Principal producteur de gaz naturel en Côte d’Ivoire |
| CI-40 | Baobab | Canadian Natural Resources | Canadian Natural Resources (61%) | En production | Pétrole brut, campagne de forage prévue en 2026 |
| CI-101 & CI-802 | Baleine | Eni | PETROCI Holding (10%) | En production (Phase 1 depuis août 2023, Phase 2 depuis déc. 2024) | Découverte majeure (2.5 milliards barils pétrole, 3300 BCF gaz estimés). Premier projet net-zéro émissions en Afrique |
| CI-205 | Calao | Eni | PETROCI Holding | Découverte (mars 2024), en évaluation | Découverte majeure (1-1.5 milliards bep potentiels), pétrole léger, gaz, condensats |
| CI-705 | (Non spécifié) | ICE OIL & GAS (90%), VAALCO Energy (opérateur depuis mars 2025) | PETROCI (10% carried interest) | Exploration, développement | Potentiel gazier significatif, efforts d’exploration sur les sables albiens |
| CI-301, CI-302, CI-518, CI-519, CI-520, CI-521, CI-522, CI-524, CI-803 | Divers | Tullow Oil (opérateur/non-opéré) | (Non spécifié) | Exploration, production non opérée | Contribution d’env. 1 000 b/j en 2024 |
| CI-103 | Paon | Murphy Oil | (Non spécifié) | Découverte, développement possible | Champ de gaz et pétrole léger en eaux profondes |
Source : Données compilées à partir de
4. Cadre réglementaire, gouvernance et régime fiscal
Environnement juridique et institutionnel
L’industrie pétrolière et gazière ivoirienne est principalement régie par le Code pétrolier ivoirien (Loi n° 96-669 du 29 août 1996, telle que modifiée par l’Ordonnance n° 2012-369 du 18 avril 2012) et son décret d’application n° 96-733 du 19 septembre 1996. Un principe fondamental du Code pétrolier est que tous les hydrocarbures, qu’ils soient trouvés sur terre, dans la zone économique exclusive, sur le plateau continental ou dans la mer territoriale, restent la propriété exclusive de l’État. Le Code pétrolier réglemente le processus d’attribution des droits pétroliers aux entreprises par le biais de contrats pétroliers avec l’État. Les licences d’exploitation peuvent être accordées pour des périodes allant jusqu’à 25 ans.
Le Ministère du Pétrole, de l’Énergie et des Énergies Renouvelables est le principal organisme technique et administratif chargé de la mise en œuvre de la politique minière et énergétique du gouvernement. Ses vastes responsabilités englobent la coordination de l’exploration et de la production d’hydrocarbures, la gestion de l’approvisionnement, du raffinage et de la distribution, ainsi que la supervision du suivi, de la réglementation et de la promotion des investissements dans le secteur. Le cadre fiscal applicable à l’industrie pétrolière en Côte d’Ivoire est principalement défini dans les Contrats de Partage de Production (CPP), complétés par la législation fiscale ivoirienne plus large et le Code pétrolier. Le taux standard d’impôt sur les sociétés (IS) est de 25 %. Le Code pétrolier prévoit d’importantes incitations fiscales, y compris des exonérations de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et de taxes à l’importation supplémentaires pour les entreprises engagées dans l’exploration ou la production pétrolière. Ces exonérations sont également étendues à leurs sous-traitants fournissant des services spécifiques au pétrole.
Initiatives de transparence (ITIE)
La Côte d’Ivoire est devenue officiellement un pays candidat à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) en mai 2008 , démontrant un engagement précoce en faveur de la transparence. Le pays a obtenu un score « modéré » (80,5 points) dans la mise en œuvre de la norme ITIE 2019 en avril 2023 , ce qui indique des progrès substantiels. La mise en œuvre de l’ITIE a conduit à la divulgation publique des contrats pétroliers et gaziers clés, de données détaillées sur l’accord d’échange de pétrole brut contre du gaz naturel, et à une amélioration des rapports sur les licences et les bénéficiaires effectifs. Le processus ITIE joue un rôle vital dans le renforcement de la surveillance publique de la gestion des revenus pétroliers et dans l’information de la prise de décision au sein du secteur extractif.
Politique de contenu local
Un nouveau cadre juridique complet sur le contenu local dans les activités pétrolières et gazières a été promulgué par la Loi n° 2022-403 (13 juin 2022) et son décret d’application n° 2023-441 (24 mai 2023), qui est entré pleinement en vigueur le 28 juillet 2023. Les nouvelles réglementations imposent des pourcentages spécifiques d’employés de nationalité ivoirienne : 50-90 % pour les activités en amont et 75-95 % pour les activités en aval, le ratio exact dépendant du nombre d’années d’opération de l’entreprise. Certaines positions clés, telles que traducteur, agent Santé, Sécurité et Environnement, responsable des ressources humaines, géologue et informaticien, sont désormais exclusivement réservées aux ressortissants ivoiriens. Toutes les entreprises pétrolières et gazières doivent soumettre un plan de contenu local au Ministère des Hydrocarbures, qui doit être mis à jour chaque année, avec un budget associé pour la durée des activités et un plan de formation pour le personnel ivoirien.
Le cadre réglementaire de la Côte d’Ivoire, caractérisé par une législation claire sur la propriété des ressources et un processus d’octroi de licences structuré, crée un environnement stable et prévisible pour les investisseurs dans le secteur pétrolier et gazier. Cette stabilité est un atout majeur, particulièrement dans une région où les incertitudes géopolitiques peuvent être élevées. La transparence accrue, notamment par le biais de l’ITIE, renforce la confiance des investisseurs et réduit les risques de corruption, ce qui est essentiel pour attirer des capitaux à long terme. La mise en œuvre de l’ITIE, avec ses exigences de divulgation des contrats et des bénéficiaires effectifs, permet une meilleure surveillance publique et une allocation plus efficace des revenus. Cela contribue à une gouvernance solide, élément fondamental pour le développement durable du secteur.
L’adoption d’une politique de contenu local robuste, avec des quotas d’emploi pour les nationaux et des exigences de formation et de transfert de technologie, va au-delà de la simple réglementation. Elle vise à garantir que la croissance du secteur des hydrocarbures se traduise par des avantages tangibles pour l’économie locale et la population ivoirienne. En favorisant l’emploi local et le développement des compétences, cette politique contribue à créer une main-d’œuvre qualifiée et à stimuler la croissance des entreprises locales, réduisant ainsi la dépendance à l’égard de l’expertise étrangère à long terme. Cette approche est essentielle pour maximiser les retombées économiques et sociales du secteur, favorisant une croissance plus inclusive et réduisant les disparités.
5. Contribution économique et impact socio-économique
Le secteur pétrolier et gazier est devenu un moteur économique de plus en plus important pour la Côte d’Ivoire. Bien que l’agriculture reste un secteur clé, la production de pétrole et de gaz a dépassé le cacao en tant que moteur de l’activité économique depuis 2006. En 2022, le secteur extractif (y compris le pétrole et le gaz) a contribué à environ 15,87 % de la valeur totale des exportations et à 5,53 % des recettes publiques. Plus spécifiquement, les produits minéraux, les huiles et les produits de distillation ont représenté 2,89 milliards de dollars des exportations en 2023. En 2023, la Côte d’Ivoire a exporté 870 millions de dollars de pétrole brut, se classant au 42e rang mondial des exportateurs de pétrole brut.
La contribution du secteur extractif au PIB était de 3,40 % en 2022. La croissance économique globale de la Côte d’Ivoire a été robuste, avec une croissance du PIB réel projetée à 6,1 % en 2024, soutenue en partie par une production minière et énergétique plus forte, notamment l’entrée en production du champ Baleine en août 2023. Cette croissance devrait atteindre 7,5 % en 2027 grâce à la forte production d’hydrocarbures de la phase 3 du champ Baleine.
En termes d’emploi, le secteur extractif a contribué à 4,70 % de l’emploi total en 2022. La nouvelle politique de contenu local, entrée en vigueur en juillet 2023, vise à augmenter la participation des Ivoiriens dans le secteur. Elle impose des ratios d’emploi de 50 à 90 % pour les activités en amont et de 75 à 95 % pour les activités en aval pour les employés nationaux. Des postes clés sont désormais exclusivement réservés aux ressortissants ivoiriens, et les entreprises étrangères doivent financer au moins une université ou un institut de formation ivoirien. La découverte du champ Calao, par exemple, devrait créer plus de 8 000 emplois.
Le secteur pétrolier et gazier est un levier majeur de transformation économique pour la Côte d’Ivoire. La croissance de ce secteur réduit la dépendance historique du pays à l’égard des produits agricoles de base, dont les prix sont souvent volatils sur les marchés mondiaux. Cette diversification contribue à une économie plus stable et résiliente, capable de mieux absorber les chocs externes. La forte contribution aux exportations et aux recettes publiques fournit au gouvernement des ressources financières accrues, qui peuvent être réinvesties dans d’autres secteurs de l’économie, les infrastructures et les services sociaux, favorisant ainsi un développement plus large.
L’accent mis sur le contenu local et la création d’emplois est crucial pour garantir que les bénéfices de l’industrie pétrolière et gazière soient largement partagés au sein de la population ivoirienne. En exigeant des quotas d’emploi nationaux et en promouvant la formation et le transfert de technologie, le gouvernement s’assure que la richesse générée par les ressources naturelles contribue directement à la création d’une main-d’œuvre qualifiée et à la croissance des entreprises locales. Cela est essentiel pour éviter la « malédiction des ressources » et promouvoir une croissance inclusive, où les avantages économiques se traduisent par une amélioration des conditions de vie et une réduction de la pauvreté. La création d’emplois dans un secteur à forte valeur ajoutée comme celui des hydrocarbures a un effet multiplicateur sur l’économie, stimulant la demande de biens et services locaux et favorisant le développement de compétences techniques spécialisées.
6. Défis et risques
Le secteur pétrolier et gazier de la Côte d’Ivoire, malgré son essor, est confronté à plusieurs défis et risques. L’un des principaux est la dépendance potentielle aux ressources. Bien que la diversification économique soit un objectif, une forte concentration sur les hydrocarbures pourrait exposer le pays à la volatilité des prix mondiaux du pétrole et du gaz. Une dépendance excessive à ce secteur pourrait également freiner le développement d’autres industries, créant une vulnérabilité économique.
Les préoccupations environnementales constituent un autre défi majeur. L’intensification des activités d’exploration et de production pétrolière et gazière, ainsi que l’expansion du secteur minier, soulèvent des risques de déforestation et de pollution. Par exemple, des activités minières ont déjà provoqué une pollution au cyanure dans la rivière Cavally en juin 2024, soulignant les dangers environnementaux de l’extraction des ressources. Bien que le projet Baleine vise la neutralité carbone pour les scopes 1 et 2 , la gestion des émissions tout au long de la chaîne de valeur reste complexe. La Côte d’Ivoire a perdu près de 90 % de sa couverture forestière au cours des 50 dernières années, et l’expansion minière et énergétique pourrait accélérer cette tendance.
Le marché des produits pétroliers en Côte d’Ivoire n’est pas entièrement libéralisé, ce qui signifie que les entreprises souhaitant commercialiser du pétrole doivent passer par la SIR et le Ministère du Pétrole, de l’Énergie et des Énergies Renouvelables. De plus, l’importation de gaz est soumise à un monopole public, géré par des entreprises comme Petroci et SIR. Bien qu’il n’y ait pas de restriction sur les investissements étrangers dans ce domaine, ces structures peuvent influencer la compétitivité du marché et l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement.
Enfin, le développement des infrastructures reste un défi crucial. Bien que des investissements soient prévus pour les pipelines, les installations de stockage et les mises à niveau portuaires , la nécessité de sécuriser un approvisionnement suffisant en gaz pour les centrales électriques est primordiale pour maintenir la stabilité du réseau. Les projets d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) sont envisagés pour renforcer l’approvisionnement futur , mais un projet de terminal d’importation de GNL (Abidjan FSRU) a été annulé, soulignant les complexités liées à la mise en œuvre de ces infrastructures.
La Côte d’Ivoire doit trouver un équilibre délicat entre la maximisation des avantages économiques de ses ressources en hydrocarbures et la garantie de la durabilité environnementale et de la diversification économique. La « malédiction des ressources » est un risque réel, et la dépendance excessive à un seul secteur peut entraîner des vulnérabilités. Le pays est conscient de ces risques et s’efforce de les atténuer par des politiques de contenu local et des initiatives de décarbonisation. Cependant, la mise en œuvre effective de ces mesures et la surveillance continue de leur impact sont essentielles.
La nécessité d’infrastructures robustes et résilientes est primordiale pour soutenir la croissance prévue du secteur. Les investissements dans les pipelines, les capacités de stockage et les terminaux d’exportation sont cruciaux non seulement pour la production, mais aussi pour la transformation et la commercialisation des produits pétroliers et gaziers. La gestion de la demande croissante de gaz pour la production d’électricité, en particulier, exige une planification et un investissement continus dans les infrastructures de transport et de distribution. La capacité à surmonter ces défis déterminera la capacité de la Côte d’Ivoire à tirer pleinement parti de son potentiel en hydrocarbures tout en assurant un développement durable et inclusif.
7. Perspectives d’avenir et opportunités stratégiques
Le secteur pétrolier et gazier de la Côte d’Ivoire est sur le point de connaître une croissance significative dans les années à venir, propulsé par les découvertes récentes et les plans d’investissement stratégiques. La production nationale de pétrole brut devrait augmenter de manière substantielle entre 2024 et 2027, passant de 29 458 barils/jour en 2023 à 175 346 barils/jour en 2027, ce qui représente une augmentation annuelle moyenne d’environ 56 %. Le pays vise une production quotidienne de 200 000 barils de pétrole brut d’ici 2030 et 500 000 barils/jour d’ici 2035. Quant à la production de gaz naturel, elle devrait progresser d’environ 13 % par an, passant de 242 558 MMSCF/J en 2023 à 397 060 MMSCF/J en 2027, assurant ainsi un approvisionnement suffisant pour le secteur de l’électricité.
Le plan d’investissement national de 15 milliards de dollars pour le secteur pétrolier (2023-2027) est une stratégie clé pour transformer l’économie du pays. Ce plan vise non seulement à augmenter la production de pétrole, mais aussi à prioriser la synergie gaz-électricité, en dirigeant tout le gaz de Baleine (et du futur Calao) vers les centrales électriques domestiques pour réduire la dépendance au GNL importé et atteindre un objectif de 32 % de gaz dans le mix énergétique d’ici 2030. Des investissements sont également prévus pour le développement des infrastructures, y compris les pipelines, les installations de stockage et les améliorations portuaires, afin de soutenir la capacité d’exportation et l’industrialisation locale.
La Côte d’Ivoire s’est positionnée comme un pôle énergétique régional en Afrique de l’Ouest. Le pays vise à renforcer ce positionnement en accélérant l’exploitation de ses ressources naturelles. Le Ministère du Pétrole, de l’Énergie et des Énergies Renouvelables a signé des accords de partage de production pour quatre blocs offshore avec Eni en août 2024, avec un investissement de plus de 80 millions de dollars dans l’exploration sur trois ans. Des accords similaires ont été signés pour trois blocs onshore avec Elephant Oil. De grandes entreprises comme BP, PETROBRAS et VITOL ont exprimé leur intention d’investir massivement dans l’offshore ivoirien.
La Côte d’Ivoire s’engage également dans une transition énergétique progressive. Le pays vise à atteindre un objectif de 45 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, avec 33 % d’hydroélectricité et 12 % de biomasse et de solaire. Des projets de production d’électricité à partir de déchets ménagers sont également envisagés. Le « National Energy Compact » de la Côte d’Ivoire, présenté en janvier 2025, vise à attirer un investissement total de 6,56 milliards de dollars, dont 2 milliards de dollars d’investissements privés, pour l’accès à l’électricité et le développement des énergies renouvelables. Le pays prévoit d’augmenter sa capacité électrique de 2 907 MW fin 2022 à 3 500 MW en 2025, 5 200 MW en 2030 et 8 600 MW en 2040.
La trajectoire de croissance soutenue du secteur pétrolier et gazier, alimentée par les découvertes majeures et les investissements massifs, positionne la Côte d’Ivoire non seulement comme un acteur régional clé, mais aussi comme un concurrent potentiel pour les grands producteurs africains. La projection d’atteindre 200 000 b/j d’ici 2030 et 500 000 b/j d’ici 2035, avec l’ambition de figurer parmi les cinq premiers producteurs de pétrole du continent, démontre une vision stratégique à long terme visant à transformer le pays en une puissance énergétique. Cela aura des implications significatives pour la balance commerciale, les recettes publiques et l’influence géopolitique de la Côte d’Ivoire dans la région.
La stratégie énergétique de la Côte d’Ivoire est caractérisée par une diversification pragmatique, où le gaz naturel joue un rôle de transition essentiel vers un mix énergétique plus propre. En utilisant le gaz pour la production d’électricité domestique, le pays assure sa sécurité énergétique tout en réduisant sa dépendance aux combustibles plus polluants. Cette approche équilibrée permet de répondre aux besoins énergétiques croissants de l’industrialisation et de la population, tout en s’alignant sur les objectifs de décarbonisation à long terme. L’intégration des énergies renouvelables, avec des objectifs ambitieux pour l’hydroélectricité, la biomasse et le solaire, témoigne d’une compréhension que le développement des hydrocarbures doit s’inscrire dans une perspective de durabilité et de transition mondiale. Cette double approche renforce la résilience du secteur énergétique ivoirien et son attractivité pour une gamme diversifiée d’investisseurs.
Conclusions
Le secteur pétrolier et gazier de la Côte d’Ivoire est entré dans une phase de croissance et de transformation sans précédent, principalement grâce aux découvertes majeures des champs Baleine et Calao. Ces gisements promettent de propulser la production de pétrole brut et de gaz naturel à des niveaux historiquement élevés, renforçant considérablement la position du pays en tant qu’acteur énergétique majeur en Afrique de l’Ouest. La stratégie nationale est clairement axée sur la maximisation de la valeur de ces ressources, non seulement par l’exportation de pétrole brut, mais aussi par une utilisation prioritaire du gaz naturel pour la production d’électricité domestique, essentielle à la sécurité énergétique et à l’industrialisation.
Le paysage opérationnel est caractérisé par un mélange dynamique d’acteurs nationaux, comme PETROCI Holding, et de grandes entreprises internationales, collaborant souvent dans le cadre de partenariats stratégiques. Ce modèle de coentreprise permet de mutualiser les risques, d’attirer des capitaux et de bénéficier d’une expertise technologique de pointe. L’ambition de la Côte d’Ivoire de devenir un pôle de raffinage régional est également manifeste, avec des plans concrets pour doubler la capacité de raffinage existante de la SIR, ce qui permettra de valoriser davantage les hydrocarbures et de répondre à la demande croissante de produits raffinés dans la sous-région.
Le cadre réglementaire du pays, soutenu par le Code pétrolier et des incitations fiscales, offre un environnement stable et attrayant pour les investissements. L’engagement de la Côte d’Ivoire en faveur de la transparence, illustré par son statut « modéré » au sein de l’ITIE, renforce la confiance des investisseurs et la gouvernance du secteur. Parallèlement, la mise en œuvre d’une politique de contenu local robuste vise à garantir que les bénéfices économiques se traduisent par le développement des compétences nationales et la création d’emplois, favorisant ainsi une croissance inclusive.
Malgré ces perspectives prometteuses, des défis subsistent, notamment le risque de dépendance aux ressources, les préoccupations environnementales liées à l’intensification des activités extractives, et la nécessité de développer davantage les infrastructures. Cependant, la Côte d’Ivoire démontre une approche proactive pour relever ces défis, en intégrant des pratiques de durabilité dans les projets majeurs et en planifiant des investissements dans les infrastructures énergétiques.
En somme, la Côte d’Ivoire est bien positionnée pour consolider son rôle de puissance énergétique régionale. Les investissements massifs prévus, la diversification pragmatique du mix énergétique vers le gaz et les énergies renouvelables, et une gouvernance axée sur la transparence et le contenu local, sont des facteurs clés qui soutiendront une croissance durable et permettront au pays de tirer pleinement parti de son potentiel en hydrocarbures pour le bénéfice de sa population et de la région.



